CHAMPS EMPIRIQUES

VOIR Tableau 2 : Ressources télématiques



INTERACTION SOCIALE

Au niveau du concept d'"interaction", la psychosociologie classique est riche en informations. Je me suis arrêté à deux auteurs fort intéressants sur ce sujet.

Goffman insiste sur l'importance de "l'information sur l'autre" pour le bon déroulement de l'interaction. Ensuite, il traite du "contrôle individuel de l'information" où chacun a une marge de manoeuvre dans l'interprétation de ce qu'il détient. Enfin, il parle de la "prédiction des attentes" pour expliquer la logique d'une interaction. Ainsi, chaque geste ou parole est régis par un code commun et chacun répond de la façon approprié sans quoi, le déroulement de l'interaction est entravé. Par exemple, quand on nous tend la main, on la présente aussi pour se "serrer la pince"; autrement, le premier serait insulté du refus de fraterniser...

Pour Newcomb, la base d'une interaction se situe dans la "réciprocité" des codes et des symboles utilisés. Quand il y a distorsion, la compréhension de l'autre devient impossible. Ensuite, il a développé le "système ABX" qui installe la relation sur un projet commun. Ainsi, une interaction entre une personne A et une personne B serait toujours basée sur un rapport à l'objet X. Autrement dit, une interaction est toujours dirigée en fonction d'un projet ou d'un intérêt commun. Enfin, il constate l'importance de la "proximité écologique" pour qu'une relation puisse demeurer forte entre deux personnes. Qu'en sera-t-il pour les interactions sur réseaux ...

Bien sûr, il s'agit là des définitions classiques du concept d'interaction. Pourtant, ces définitions s'appliquent largement aux nouvelles formes d'interactions sur réseaux. Qu'en est-il donc de l'interaction sur réseaux? Il y a d'abord une relation humain-machine qui s'interpose entre les individus. Chacun vit une relation face à sa machine en plus de la relation à l'autre. Ensuite, il y a une distance physique qui sépare les acteurs d'une relation sur réseaux. En arrivant dans l'analyse des communautés virtuelles, il faut distinguer les communautés purement virtuelles des communautés locales représentées virtuellement. En effet, dans le premier cas, les individus interagissent toujours avec des membres dont ils ne possèdent que l'information que l'autre veut bien lui offrir. Dans le deuxième cas, les gens se connaissent en dehors de ces relations en réseaux et possèdent donc beaucoup plus d'informations sur l'autre quand ils entrent en relation sur réseaux. Selon la définition de Goffman, cette distinction devient essentielle aux suites de l'analyse de l'interaction à travers une médiation symbolique sur réseaux informatiques.




IDENTITÉ ET APPARTENANCE SOCIALE

Avec les communautés virtuelles, on retrouve une nouvelle forme d'appartenance à une communauté, un échange à distance où l'identité de chacun est cachée derrière un masque. D'une part, l'engagement dans une relation est plus superficiel puisque la culture post-moderne permet le passage éphémère d'un groupe à l'autre; "... le projet commun, compris dans la modernité comme l'engagement politique, laisse la place à des intérêts ponctuels et communs, ancré sur la sympathie et le plaisir esthétique, ayant son épuisement dans l'action quotidienne." (LEMOS, 1994, page 258). D'autre part, on ne rencontre que des masques qui représentent l'identité des autres de façon superficielle et limitée. De plus, ces rencontres ont lieu dans un espace abstrait qui redéfinit la territorialité: on est en présence d'une "territorialité symbolique"(Lemos).

Néanmoins, les communautés prennent forme et se développent une éthique de base. Les règles sont développées collectivement et l'expulsion du groupe constitue l'ultime sanction contre les réfractaires. L'éthique du groupe devient le contrat social de la communauté. Toutefois, les règles sont débattues et sont donc en évolution continu. Lemos explique que ces communautés évoluent de façon libre et chaotiques sous une éthique de base. Lemos note que l'esprit communautaire est fortement implanté dans le coeur d'Internet; "On est en train de voir le développement d'un "écosystème" auto-organisant, informationnel et communautaire dans le nerf de l'infrastructure technique de communication." (LEMOS, 1994, page 257.). Notons enfin que des langages particuliers se développent au sein des communautés virtuelles: les acronymes sur BBS et l'alphabet "smiley" sur IRC.

L'alphabet "smiley"
:) ou :-)
sourire
;) ou ;-)
clin d'oeil
:( ou :-(
triste
:0 ou :-0
rire





MOUVEMENTS SOCIAUX ET CONTRE-CULTURE

J'ai dit précédemment qu'Internet pouvait être considéré comme un vaste mouvement social. Mais, il existe aussi des courants activistes et des contre-cultures au sein même d'Internet. Parmi les mouvements éphémères, on n'a qu'à penser au bouillonnement qui s'est vécu sur Internet lors du massacre de Tien Anmen ou lors de la Guerre du Golfe. Soudainement, l'information s'est mise à circuler: dépêches, information alternative, propagandes, etc. L'esprit communautaire s'est propagé et les "internautes" se sont sentis tous unis autour d'un même événement.

Pour ce qui est de la contre-culture, on voit naître jour après jour des campagnes de sensibilisation autour de thèmes les plus variés. À titre d'exemple, on peut mentionner "The blue ribbon campaign" pour la liberté d'expression sur Internet et "Computer Professionals for Social Responsibility" (CPSR) pour la défense des droits sur Internet. À ce titre, la déclaration d'indépendance d'Internet par Barlow témoigne de la richesse du potentiel du Réseau pour développer les mouvements de contre-culture.




ACCUEIL

PRÉCÉDENTE

HAUT

SUIVANTE

Réalisé par
JEAN-FRANÇOIS MARCOTTE
copyright © 1997